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Église Notre-Dame de Bon-Port à Nantes : dôme néoclassique et orgue Debierre

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Église Notre-Dame de Bon-Port à Nantes : dôme néoclassique et orgue Debierre

L’église Notre-Dame de Bon-Port à Nantes domine le quartier du Sanitat depuis 1858. Son dôme néoclassique culmine à 60 mètres, ce qui en fait l’un des points les plus hauts du centre-ville. Construite sur un plan en croix grecque de 1 400 m², elle abrite un orgue Debierre classé monument historique et des peintures murales du XIXe siècle.

Du lazaret au Sanitat : les origines du quartier

Le quartier où s’élève l’église porte la mémoire d’un ancien hôpital. En 1569, un lazaret est créé dans un manoir près du quai de la Fosse pour isoler les malades lors des épidémies de peste qui frappent Nantes. L’établissement prend le nom de Sanitat en 1612, après la construction de nouveaux bâtiments et d’une chapelle.

À partir de 1650, le Sanitat change de vocation. L’hôpital accueille les indigents, les orphelins et les aliénés, à l’écart de la ville. Il fonctionne comme hôpital général pendant près de deux siècles.

La place du Sanitat, aménagée dans les années 1830, constitue le dernier exemple de place en hémicycle construit à Nantes. C’est sur l’emplacement de cet hospice désaffecté que la troisième église du quartier sera érigée à partir de 1846.

Trois édifices en deux siècles sur le même territoire

La chapelle Notre-Dame de Chézine (1612)

La première chapelle du quartier naît avec le Sanitat. Érigée en 1612 au sein de l’hospice, elle dessert les malades et le personnel soignant. Pendant la Révolution, elle prend le nom de Notre-Dame de Chézine en 1792, du nom du ruisseau voisin. Cette chapelle modeste ne survit pas aux transformations du quartier.

L’église de Mathurin Crucy (1824-1828)

En 1824, l’architecte Mathurin Crucy lance la construction d’une nouvelle église sur la place Eugène Livet. L’édifice, achevé en 1828, s’avère rapidement trop exigu pour une paroisse en pleine croissance. Louis-Hyacinthe Levesque, maire de Nantes et donateur, souhaite que l’église porte le nom de Saint-Louis, son saint patron. Ce double nom persiste encore.

En 1843, la décision de démolir cette église est prise. Son délabrement précoce et sa capacité insuffisante justifient un nouveau projet, plus ambitieux.

Le chantier de Seheult et Chenantais (1846-1858)

Les architectes nantais Saint-Félix Seheult et Joseph-Fleury Chenantais conçoivent les plans en 1845. Le terrain retenu mesure 38 mètres de largeur sur 47,50 mètres de profondeur, sur l’emplacement de l’ancien hospice du Sanitat. Les travaux débutent en 1846. Chenantais assure seul la direction du chantier jusqu’à l’inauguration, le 12 août 1858. La consécration officielle intervient le 24 octobre 1883.

ÉdificeDatesArchitecte
Chapelle du Sanitat1612Non documenté
Église place Eugène Livet1824-1828Mathurin Crucy
Église actuelle (Bon-Port)1846-1858Seheult et Chenantais

Un dôme néoclassique culminant à 60 mètres

L’église Notre-Dame de Bon-Port adopte un plan en croix grecque à branches égales, rare dans l’architecture religieuse nantaise. La surface totale atteint 1 400 m². Les quatre bras de la croix sont couverts de voûtes en berceau et se terminent chacun par une abside en hémicycle.

Le dôme et sa charpente métallique

Le dôme ovoïde de 20 mètres de diamètre repose sur un tambour percé de fenêtres. Pour alléger l’ensemble tout en gagnant en hauteur, les architectes choisissent une charpente métallique plutôt qu’une structure en bois. Cette décision technique, innovante pour les années 1850, anticipe les grandes constructions en fer du Second Empire.

Une lanterne surmontée d’une flèche porte la croix à 60 mètres du sol. Un archange doré couronne l’ensemble. Quatre petites coupoles occupent les angles du bâtiment, entre les bras de la croix. L’effet visuel depuis l’intérieur rappelle les églises baroques romaines, référence assumée par les architectes.

Les modèles : Invalides et Saint-Pierre de Rome

Seheult et Chenantais s’inspirent de deux édifices majeurs. Le dôme reprend le profil de celui des Invalides à Paris, conçu par Jules Hardouin-Mansart et achevé en 1706. La façade principale emprunte au vocabulaire de la basilique Saint-Pierre de Rome : colonnes corinthiennes, fronton triangulaire et proportions monumentales.

Le résultat est un édifice néoclassique académique, ancré dans la tradition française mais tourné vers les modèles italiens. À Nantes, seule la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul rivalise en hauteur, avec une voûte de nef à 37,5 mètres.

Les peintures et décors du XIXe siècle

L’intérieur de Notre-Dame de Bon-Port concentre un programme décoratif cohérent, réalisé entre 1858 et 1880 par plusieurs artistes.

La frise d’Alphonse Le Hénaff

Le peintre Alphonse Le Hénaff intervient de 1858 à 1860 sur le tambour de la coupole. Sa frise, peinte à la cire sur fond or, représente la Vierge Immaculée entourée de sept groupes de personnages de l’Ancien et du Nouveau Testament. Cette commande coïncide avec la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception par Pie IX en 1854, quatre ans avant l’inauguration de l’église.

Les chapelles et le bas-relief

Plusieurs artistes complètent le décor au fil des décennies :

  • Antoine Chalot peint la chapelle de la Vierge en 1859
  • Joseph Gouézou décore la chapelle Saint-Louis en 1879 et signe le tympan du Christ Consolateur
  • Henri-Pierre Picou (1824-1895) réalise La Cène
  • Amédée-René Ménard sculpte un bas-relief de 14 figures, La Vierge accueille les malheureux

Les vitraux de François Denis, dont une Ascension, complètent cet ensemble. L’homogénéité stylistique du XIXe siècle donne à l’intérieur une unité que les églises plus anciennes, remaniées sur plusieurs siècles, possèdent rarement.

L’orgue Debierre : 3 800 tuyaux classés monument historique

Le facteur nantais Louis Debierre construit le grand orgue entre 1879 et 1881. Élève de Cavaillé-Coll, Debierre introduit dans cet instrument une transmission électro-pneumatique innovante pour l’époque. Le buffet en chêne sculpté occupe la tribune au-dessus de l’entrée principale.

CaractéristiqueDétail
FacteurLouis Debierre (Nantes)
Construction1879-1881
Claviers3 manuels + pédalier 30 notes
Jeux45
Tuyaux3 800
Classement MH11 décembre 1975

L’orgue est classé au titre objet des monuments historiques le 11 décembre 1975. Il a fait l’objet de restaurations en 1929 et 1980, puis de travaux d’urgence entre 2020 et 2021. Un orgue de chœur, également signé Debierre (1894), complète le dispositif musical. Transféré depuis le séminaire des Sables-d’Olonne en 1910, il accompagne les célébrations quotidiennes.

Restaurations et protection patrimoniale

L’église Notre-Dame de Bon-Port est inscrite au titre des monuments historiques depuis le 29 octobre 1975. Cette protection couvre l’édifice dans son ensemble, tandis que l’orgue bénéficie d’un classement spécifique au titre objet.

Les travaux récents

La flèche du dôme a été entièrement refaite en 2006. En 2018, une première phase de travaux de couverture a nécessité la dépose de trois grands tableaux accrochés aux piliers du transept. Après un traitement par anoxie contre les insectes, les toiles ont été restaurées entre 2020 et 2021 par les restauratrices Kiriaki Tsesmeloglou et Claire Le Goff pour les peintures, et par l’Atelier de Dorure David pour les cadres.

Ces chantiers successifs s’inscrivent dans un effort plus large de conservation du patrimoine religieux nantais. La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, située à moins de deux kilomètres, fait elle aussi l’objet de travaux de restauration depuis l’incendie criminel du 18 juillet 2020. Emmanuel Abayisenga, bénévole de la paroisse, a été condamné en mars 2023 à quatre ans de prison pour cet acte qui a détruit une partie du grand orgue et soufflé une verrière du XVIIe siècle.

Visiter Notre-Dame de Bon-Port et ses alentours

L’église se situe place du Sanitat, dans le prolongement du quai de la Fosse, à 800 mètres de la gare de Nantes. Le tramway ligne 1 (arrêt Chantiers Navals) et plusieurs lignes de bus desservent le quartier. L’accès est libre et gratuit.

Le quartier du Sanitat ouvre sur les anciens quais du port de Nantes, où le commerce atlantique du XVIIIe siècle a façonné l’architecture. Les hôtels particuliers de l’île Feydeau, ornés de mascarons et de balcons en fer forgé, se trouvent à 500 mètres vers l’est. Le Passage Pommeraye, galerie marchande à trois niveaux inaugurée en 1843, mérite un détour à 600 mètres au nord-est.

Le château des Ducs de Bretagne, construit entre 1466 et 1514 par François II, se trouve à 1,5 kilomètre vers l’est. Le patrimoine nantais s’inscrit dans le réseau plus large des châteaux de la Loire, accessibles en une journée depuis la ville. Un circuit de 5 jours couvre les étapes majeures d’Amboise à Blois. Les amateurs de villages labellisés trouveront des escapades complémentaires dans l’arrière-pays vendéen.

Prochaine étape après Notre-Dame de Bon-Port : longer le quai de la Fosse jusqu’au Mémorial de l’abolition de l’esclavage, puis remonter vers la cathédrale et le château des Ducs pour embrasser 2 000 ans d’histoire nantaise en une journée.

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